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Not my [french] president

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samedi 14 juin 2008

Perfide Albion, quand tu nous montres la voie

Quelquechose de pourri au Royaume-Uni de Tariq Ali

Le livre traînait sur ma table de chevet depuis des mois. Je l'ai attrapé ce matin au petit déj., pour ne plus le lâcher.

Le livre raconte une histoire connue...mais il y a encore tellement de gens de gauche admiratif de ce que blair a accompli en Angleterre, que cette histoire là ne me lasse pas. Pourtant, en ce moment, j'ai un peu de mal à lire les journaux... ça m'arrive souvent ces phases de désintérêt total pour autre choses que les romans de gare, les livres techniques et les concerts de sexy sushi (merci François)... un peu comme un match de foot où j'aurais l'impression qu'à 4-1 pour l'adversaire c'est plus trop la peine de courir. C'est pour ça qu'un bouquin qui me sort de ma léthargie, c'est toujours bon à prendre, à lire, à recommander.

Je dois aussi remercier téléshpore grâce à qui j'ai fait une sévère introspection de mes motivations profondes: est-ce que j'ai un blog pour boire du café en écrivant des billets sans intérêt ou est-ce que j'avais bu trop de café avant de commencer à écrire sur ce blog, ou est-ce ce blog qui ne vaut rien vaut mieux quand même que rien du tout ?

Le livre est court mais efficace. Il y a une partie classique qui rappelle que c'est en renonçant à toute rupture avec le néolibéralisme, en s'engageant à détacher complètement le New Labour des syndicats et de leurs luttes rétrogrades, en adhérant à l'idée que les pauvres bénéficient de l'enrichissement de l'élite que Blair a rassuré les milieux d'affaires et les couches moyennes - avec un emballage idéologique de nouvelle voie/nouvelle gauche qui d'ailleurs ne fit pas long feu. Blair suivait Clinton est ses nouveaux démocrates engageait la gauche anglaise à droite.

J'aime bien ce passage où Tariq Ali raconte que ceux - professeurs d'Oxford, journalistes - qui avaient su résister à Thatcher, ont succombé à Blair simplement parce que là où la Dame de fer était détestable, Blair était séduisant et drôle - pour la même politique au demeurant ou a peu près. Je préfère Thatcher, au moins il n'y avait aucune hypocrisie et une vraie conviction There is no such thing as society - si ce n'est pas la plus géniale phrase prononcée par un homme politique de droite !!!

Sur le plan de la politique étrangère, l'Angleterre est aussi le premier élève de la classe tant elle emboite le pas sur Washington. Tariq Ali expose la stratégie anglaise: coller au cul de Washington, quelle que soit la direction prise pour préserver la position anglaise en Europe. En gros de Gaulle avait raison: les anglais ne veulent pas d'une Europe Unie, ils préfèrent leur dépendance au maître qui leur assure une relation privilégiée avec Washington. Et ce petit bouquin reproduit la fameuse note secrète de Downing Street sur l'Irak (2002 révélée en 2005 par le Sunday Times) où on peut lire :

Une action militaire est désormais considérée comme inévitable. Bush veut déposer Saddam, et ce grâce à une action militaire justifié par la conjonction du terrorisme et des armes de destruction massive. Mais le renseignement et les faits doivent être calés sur la politque à mener.

Où comment un born-again christian et un born-again papiste se mettent d'accord pour mentir à la face du monde.

Tariq Ali raconte l'importance du christianisme pour Tony Blair et son équipe: leur seule vraie idéologie c'était le Christ. Il avait une partisane de l'Opus Dei dans son gouvernement et la plupart de ses conseillers étaient des bigots. Savoir ça me fout plus les jetons que n'importe quoi ...

La seconde partie du livre est également intéressante, elle raconte un truc flippant: comment Blair, lâché par l'opinion pour ses mensonges à réussi à se faire ré-élire en 2005...

Ré-élu en 2005, alors qu'en 2003, 1 million (1,5 selon les organisateurs) de personne défilent contre la guerre !!!

Il faut s'y intéresser de près parce que c'est sans doute ce qui nous arrivera en 2012, maintenant qu'on déteste presque tous Sarko, on pourrait quand même subir sa re-élection qui récompenserait justement le vide de nos cerveaux comblés par les sacs à main de sa femme et l'absence de toute opposition crédible autre que marginale.

Au PS, j'ai l'impression qu'ils restent indécis sur la question de savoir s'il faut faire ou non cette révolution néolibérale. Le livre de Delanoe ne donne pas une réponse claire: ok, il prononce le mot libéral comme une armure - on ne pourra pas l'accuser de collectivisme - mais après il précise “En revanche, ce qui est inacceptable pour un progressiste, c’est de hisser le “libéralisme” au rang de fondement économique et même sociétal, avec ses corollaires : désengagement de l’État et laisser-faire économique et commercial”. C'est du lard ou du cochon ? Parce que sur les moeurs, moi aussi je me sens libérale au sens anglais et américain, donc je peux comprendre qu'il reprenne ce terme. Mais ce terme évoque autre chose et il ne l'a pas choisi au hasard. Tout ça ressemble à un flottement volontaire des positions : peut-être qu'il se dit que les recettes pour se faire élire en 1997 en Angleterre ne seront plus bonnes en 2012 en France... peut-être qu'il anticipe le retournement que j'espère: le néolibéralisme aura été si loin dans l'horreur qu'il n'y aura plus moyen de convaincre les masses de ses bienfaits. Mais je n reste pas trop convaincue par Delanoe et outrée par Royal qui lui répond du tac au tac que libéralisme et socialisme ne font pas bon ménage alors qu'elle a crachée sur le SMIC à 1500€ dans son programme. Quant à Bertrand, peut-être que dans l'expectative des quelques années qui nous séparent de la présidentielle, il préfère être ni néolibéral ni clairement de gauche, bref, rester être prêt à endosser le dossard n°1 le moment venu.

Ce flottement est un poil mieux que les déclarations de ceux à gauche qui ont choisi leur camp, hein DSK... mais c'est quand même pas très rassurant.

Le reste du livre de tariq Ali entre dans les détails de la campagne irakienne de Blair: mise en pas des medias au pays. L'histoire du liciencement de Greg Dyke, directeur de la BBC suite aux reportages sur les manifestations anti-guerre en Irak est rapportée en détail avec les lettres que Blair et Dyke se sont échangées. Le suicide de Kelly - ce scientifique qui savait et voulait faire savoir que les preuves de Blair contre Saddam étaient bidonnées - et l'enquête officielle qui s'en suit menée par le bon juge: Hutton, le même qui en tant qu'enquêteur, avait disculpé l'armée britannique du meurtre des 13 manifestants du Bloody Sunday de 1972!! C'est marrant comme les crapules refont toujours surface. Le rapport Hutton disculpe Blair de la mort de Kelly. C'est bourré de détails tout en étant concis.

Tariq Ali écrit dans La New Left Review. Son site rassemble ses articles.

D'autres liens: Z space et la page de Tariq Ali sur Z space.

dimanche 6 janvier 2008

Les solutions qui marchent: It's a free world

it’s a free worldKen Loach a vraiment fait un film magnifique - pas manichéen du tout, l’héroïne est une ordure mais pas tout le temps, elle est aussi touchante et ultra sexy avec son accent bien anglais... et comme c’est un film qui rejoint mes obsessions, j’ai adoré.

L’autre jour je me suis fait traiter de frontiste par Kiki parce que je disais que l’ouverture récente de l’espace Schengen à la Pologne et autres pays de l’Est est une catastrophe pour les travailleurs d’ici... Certes Boutefeux continuera à remplir ses chiffres: quelques avions pleins de clandestins et quelques chinois defenestrés de quoi désaltérer la populace. Pendant ce temps, des milliers de travailleurs, clandestins ou non, prêts à bosser pour pas un rond et qui baissent bien le front rentreront dans le pays. Des gens qualifiés, infirmières, professeurs pour faire des ménages, torcher nos vieux, faire les manoeuvres, c’est quand même vachement mieux que des gros cons ringards qui vont dans la rue défendre leur retraite.

Je me suis acheté un petit livre - qu’on ne peut pas taxer de gauchiste - Tony Blair 1997 - 2007 le bilan des réformes aux presses de Sciences Po. Un petit extrait :

A l’instar des Etats-Unis, le gouvernement a ouvert les frontières pour devenir un pays d’immigration. La Grande-Bretagne est désormais le symbole d’un marché du travail ouvert, favorable aux jeunes immigrés et notamment aux jeunes européens. Environ 8% de la main d’oeuvre est aujourd"hui étrangère et Londres est sans doute la capitale la plus cosmopolite du monde. A l’occasion de l’élargissement de l’Union européenne en 2004, la Grande Bretagne fut l’un des trois pays qui a permis l’installation de centaines de milliers de Polonais. Cette politique est fortement soutenue par le patronat. La plupart des 150 000 à 200 000 immigrés entrés chaque année depuis 1997 sont jeunes et relativement qualifiés. Ils trouvent facilement du travail dans la région de Londres pour des salaires faibles.

Donc en fait c’est assez simple: d’un côté on fait entrer 100 000 types pour bien les exploiter, de l’autre on en expulse 10 comme des chiens pour avoir l’air ferme en matière d’immigration clandestine. Une solution qui marche et qui en plus a la bénédiction des urnes !!!

Les solutions qui marchent se mordent parfois la queue:

Mai 2007 LONDRES (Reuters): Un département du ministère britannique de l’Intérieur responsable de l’expulsion des immigrés clandestins s’est retrouvé privé de cinq des employés chargés du nettoyage de ses locaux, arrêtés pour défaut de papiers en règle... Les cinq clandestins, des Nigérians, étaient employés par l’entreprise de nettoyage affectée à l’entretien du Directorat de l’immigration et de la nationalité du Home Office. (...)

mardi 4 septembre 2007

La perfect life

Je viens de passer 12 jours a Londres...la "perfect life" anglaise sucks

Illustration de la perfect life anglaise

J’adore Londres et j’aime les anglais...mais j'en ai ma claque de ce discours qu’on entend où lit partout : A l’agonie dans les années 1970, le Royaume-Uni est mis sous tutelle du Fonds monétaire international. Elève discipliné à partir de 1979 avec l’élection de Mme Margaret Thatcher, le royaume commence sa lente remontée. De nos jours, le Royaume-Uni fait partie des grands pays européens. Tout n’est pourtant pas une réussite, mais l’euphorie a gagné et selon les partisans s’il reste quelques points noirs (santé, éducation, transports) ils finiront par disparaître car la recette miracle a été trouvée au point que même le Labour Party a embrassé avec Tony Blair la doctrine libérale.

La british Way of Life et son ultra libéralisme, c'est peut-être un taux de chomage a 5% mais est-ce que ce chiffre doit être un graal jauge de notre bonheur ?

Pourquoi ? Parce qu'avec mes yeux j'ai bien qu'il y avait quelquechose de pourri au Royaume-désUni où quelques traders richissimes et autres héritiers de la Upper Class cachent une Working Class affreuse, sale et méchante. J'ai passé 12 jours à Archway, dans le nord de Londres, pas même encore l'Essex, dans ce quartier, sans être la misère noire, les hommes hurlent dans les rues pour des histoires de chiens, de voitures...les jeunes déambulent dans la rue inactifs. La violence est dans l'air, palpable et les femmes me font aussi peur que les hommes. Le contraste est violent avec Hampstead Heath, à quelques minutes en bus, vaste parc où de les lamborghini et autres maserati sont garées dans des rues privées bordées de superbes résidences. Marne-la-coquette et Passy sont des jokes comparées aux beaux quartiers de Londres.

Il n'y pas de chômage en Angleterre...la belle affaire, il doit faire bien envie à la jeunesse leur marché du travail libéral pour que les gangs prolifèrent !!! Pendant mon séjour, un jeune de 11 onze a été tué d'une balle dans la tête, victime de la guerre des gangs. Cette attaque survient alors qu’une quinzaine d’adolescents ont été tués à Londres depuis le début de l’année, par balles ou à l’arme blanche. Le Premier ministre Gordon Brown a dénoncé un « crime haineux qui a choqué tout le pays » et promis que les coupables seraient « poursuivis, arrêtés et punis ». Personne ne parle des quartiers livrées à la misère, en ne parlant que de la victime et des assassins, on oublie complètemment d'évoquer les raisons de cette violence: la violence sociale.

Sans oublier les points noirs bien connus de la réussite Blairiste: l'éducation et la santé. Bon, bref, le plus important est à la trappe...Quand tu es pauvre, tu es con et sans éducation et en plus tu crèves vite de ton cancer....Au Royaume-Uni on a autant de chance de guérir de son cancer que dans un pays de l’Est. Eh oui, l’Angleterre reste "The sick man of Europe"

Quelqu'un va bientôt parler de ça beaucoup mieux que moi, l'excellent (pas toujours mais quand c'est bon, c'est terrible, souvenez vous de Ladybird) Ken Loach : It's a Free world

Les grands bretons sont aussi de super activistes, récemment le climate camp auprès d'Heathrow: un camp illégal pour démontrer à petite échelle la possibilité de vivre "en décroissance", avec pas mal d’anciens de Reclaims The Streets et des gens de Indymedia. J’ai appris tout ça dans les inrocks de ce mois-ci... ça m’a réconcilié avec la Grande Grande-Bretagne, pas celle dont nous parlent les économistes libéraux, celle qui invente tout ce qui est cool, celle aussi de l’activisme intelligent et poilant.