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Not my [french] president

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mercredi 25 juin 2008

Les pleurnichements de l'Homme Blanc sur Arte

Le 24 juin à la télévision (Thema d'Arte), deux docs:

  • Un grand reportage sur l'esclavage domestique en Mauritanie aujourd'hui : Chasseurs d’esclaves de Sophie Jeaneau et Anna Kwak
  • Esclaves oubliés Les tabous de l’esclavage : un documentaire historique sur la traite arabo-musumane et interne à l'Afrique réalisé par Antoine Vitkine.

Le premier est vraiment un document exceptionnel car il permet de se plonger en Mauritanie et de voir l'esclavage avec les yeux de ceux qui le vivent, maîtres, maîtres repentants, esclaves, affranchis, militants des droits de l'Homme et d'en saisir le caractère traditionnel et accepté. Etre esclave parce que c'est un choix de Dieu, aujourd'hui en Mauritanie.

Le second est un exercice de révisionnisme sur la traite atlantique - sous couvert de parler d'autres traites et de briser de soit-disant tabous de l'esclavage. Antoine Vitkine prétend tout d'abord qu'en occident il y a un tabou sur la traite arabo-musulmane et interne à l'Afrique. Personne ne serait au courant ! Déjà, cette approche est louche - j'étais au courant bien avant de voir ce documentaire, peut-être parce que j'ai vécu enfant dans le monde arabe et que j'ai vu des noirs dont je savais - parce que des adultes me l' ont dit je pense - qu'ils étaient des descendants d'esclaves. Mais j'ai entendu parlé de la traite arabo-musulmane depuis. Quant à la traite interne à l'Afrique, je n'ai jamais eu la naïveté de croire que Blancs et Arabe s'enfonçaient à l'intérieur des terres africaines pour capturer des esclaves ! Et j'ai donc toujours su qu'ils étaient capturés et vendus aux négriers par d'autres noirs.

Et puis une boîte de prod qui s'appelle Doc en Stock ne peut pas ignorer qu'on a tous été à bonne école sur la traite arabo-musulmane !!! Tintin lui-même nous en a parlé (ici dans version originale) :

Coke en Stock

Mais mon énervement ne s'est pas arrêté là. Le documentaire prends le même schéma tactique que le discours de Dakar de Sarkozy: reconnaître ses torts pour mieux les minimiser. Ici ça donne :

  • En premier dire que rien n'est comparable à la traite atlantique, se promener sur l'île de Gorée etc...
  • Ensuite comparer constamment, qualitativement et quantitativement la traite atlantique et les autres traites : arabo-musulmane et interne.

Ce petit procédé permet de conclure que la traite des noirs est au final de la responsabilité des noirs et de faire de grandes envolés sur la sottise de l'histoire écrite en "Noir et Blanc" alors que tout est gris et personne n'a été gentil.

C'est d'autant plus énervant que les historiens africains et arabes interrogés - qui travaillent sur ces traites "méconnues" - sont passionnants et qu'ils auraient mérité que leur parole ne soit pas mélangée à ce prêchi-prêcha de réhabilitation de l'homme blanc qui en a marre de s'en prendre plein la gueule alors que ces salopards d'arabes ne reconnaissent absolument pas leur responsabilité et que les noirs ont des oeillières sur leurs propres péchés. C'était bien ça la conclusion non ? Ah au passage, on ridiculise une cérémonie de célébration de la fin de la traite... parce que se foutre de la gueule des gens qui voient tout en noir et blanc - surtout quand ils sont noirs - ça soulage. Bien entendu on n'oublie pas d'exhumer Saint-Exupéry pour conclure.

J'ai oublié de dire que j'ai détesté ce second documentaire - ça reste un doc à voir si vous n'avez jamais vu de carte de l'Afrique. Une bonne vingtaine, pour convaincre ça aide.

Je vous recommande vivement celui de Sophie Jeaneau et Anna Kwac (il passe encore une semaine sur Arte 7+), je n'en dis pas plus car c'est quasiment un thriller et un film comique à la fois, on pleure, on rit et en plus on apprend quelque chose. Et c'est bien filmé.

Le site de SOS Esclaves

jeudi 29 novembre 2007

Nostalgérie, les fils, les pères et les crimes

Je suis allée voir L’enemi intime de Rotman, c’est bien. Ce film et les déclarations de quelques ministres algériens sur le lobby juifs et Sarkozy, déclarations pas trop inspirées, me refont penser aux lettres de Nicolas Sarkozy pendant la campagne electorale:

Paris, le 16 avril 2007.
Ici pour les lettres en entier.

la France est une Nation qui revendique son identité, qui assure son histoire. On ne construit rien en demandant aux enfants d’expier les fautes de leurs pères, des fautes qu’ils n’ont pas commises. Au peuple de l’ancien empire français, nous devons offrir non l’expiation mais la fraternité.

Cette déclaration est entouré d’un ensemble de promesses concrètes envers les rapatriés ... mais on ne peut accabler Sarkozy sur ce point sans rappeler que Mitterand avait acheté les voix des anciens d’Algérie en 81 et payé son achat comptant: l’Assemblée Nationale lavait tous les crimes commis en Algérie au nom du pardon nécessaire...au grand desespoir de Pierre Joxe - qui ne supportait pas qu’on lave les crimes de l’OAS. Il faut lire le récit sur ce sujet dans Histoire secrète de la Ve République publié à la Découverte.

Ce matin, un ministre algérien remet de l’huile sur le feu en déclarant "Je considère à titre personnel que tant que la France ne reconnaîtra pas le crime commis en Algérie, nous ne pouvons pas envisager de réconciliation ni de normalisation totale avec elle". Je comprends ce ministre. Je ne comprends pas cette histoire de fils qui ne peuvent pas expier les fautes de leur pères. Il ne s’agit pas de fils et de père mais d’un pays, de nous. Peut-être aussi l’Algérie pourrait-elle regretter les méthodes terroristes que ses combattants ont utilisées pour faire pression sur les français d’Algérie et sur les leurs... mais ça c’est leur bordel - et puis la balance entre les crimes du FLN et ceux de l’armée française pèse lourdement de notre côté.

J’ai été élevée en Algérie. De 1975 à 1982, ma mère était coopérante à Annaba (je mangeais pleins de nèfles dans le jardin d’Artatuphle).

mon cousin et moi a mchounech

Je me suis toujours sentie mal de fautes que je n’avais pas commises - même si ça se voit pas sur cette photo prise à M’chounèche, une oasis dans les Aurès. Pas de la torture, pas du napalm, pas des massacres de civils algériens, tout ça je n’étais pas au courant. Juste d’avoir cherché à rester dans un pays qui voulait sa liberté. Mais depuis que je sais pour le napalm, la torture, les massacres de civils... j’ai de bonnes raisons de me sentir mal et je me sentirais mieux si j’avais un président qui ai l’envie et le courage de demander pardon. Expier ou même seulement reconnaître ses torts n’est pas le fort de cette droite inspirée par la droite chrétienne américaine. C’est quand même bizarre d’avoir perverti le christianisme jusqu’à cette religion de soi-même, où on rejette les crimes sur ses pères et on se félicite des ponts qu’on a construit en Afrique.

un récit militaire d’une opération au napalm sur les combattants algériens

l’article d’un historien qui rapelle l’usage du napalm en Indochine et en Algérie.

Un article qui retrace les crimes de l’armée française - auprès desquels les exactions du FLN seraient une goutte d’eau :

Le 1er novembre 1954, le FLN déclenche la lutte armée. Au lieu de négocier, les gouvernements socialistes qui se sont succédé ont alors choisi d’opter pour une guerre totale. La répression fut terrible : 8 000 villages détruits au napalm, 5 millions d’Algériens déplacés, un million en camps de regroupements, plus de 200 000 détenus... Au total, plus d’un million d’Algériens morts durant une guerre qui a duré près de huit ans et qui a laissé de profondes séquelles dans la mémoire collective. Faut-il citer, à titre d’exemple, les 25 000 jeunes Algériens tombés dans la seule ville d’Alger entre 1955 et 1957, durant ce que les historiens ont appelé " la bataille d’Alger " ? Un bilan cruel, douloureux, à côté duquel les exactions du FLN - il y en eut - ne représentent qu’une goutte d’eau dans l’océan

Je sais pas vous, mais moi j’ai l’impression qu’il y a de quoi demander pardon, non ?