Pas facile de se concentrer avec Bozo au pouvoir. C’est vrai qu’on s’attendait à avoir Thatcher, ou au moins un programme à la Gordon Brown, libéral, libéral, libéral, réglé comme du papier à musique - pensé, ficelé... le numéro de Cirque improvisé auquel on assiste est déconcertant. Mais, il faut rester concentré. Dans le métro, les publicités pour la presse avec les visages de Carla-Nicolas Sarkozy ont pris des nez rouges toute la semaine dernière... vite vite lavé par un employé de JC DCcaux qui a laissé la marque blanche du nez rouge. J’ai une photo, je la mettrai en ligne plus tard.
Tous les jours je me marre. Forcémment, ça me déconcentre.
Je tente de rester concentrée parce que les pitreries et les annonces décidées à la dernière seconde pour naviguer à vue ne change rien au programme de ce gouvernement: ensevelir toute idée de gauche aux oubliettes de l’Histoire... - faire en sorte qu’on dise tous la messe marchande ensemble, qu’on se batte comme des insectes pour être propriétaire de notre taudis et grapiller une goutte de pouvoir d’achat en plus.
Pour ma concentration, je lis ce petit bouquin de Badiou (de quoi Sarkozy est-il le nom ?). Je m’attendais à un ouvrage difficile à lire, au contraire, c’est simple et drôle. Son analyse du vote entre le candidat de ceux qui ont peur et celui de ceux qui ont peur de ceux qui ont peur est vraiment fendarde - c’est vrai qu’au PS c’est majoritairement des libéraux qui n’aiment pas les fachos - je vote pour vous les gars mais un petit effort à gauche, ne pas cracher dans la soupe du SMIC à 1500€ dès le lendemain du scrutin, ne pas faire carrière au FMI etc ... ce serait pas mal, non ? Sinon il y a le modem pour vous accueillir.
Mais, bon l’histoire de pourquoi et comment la gauche a été grignotée par le libéralisme est une longue histoire... Badiou nous invite juste à résister au grignotage pour ne pas sombrer dans la dépression.
Il explique très bien pourquoi Sarkozy attaque Mai 68. L’homme aux rats comme il l’appelle, cherche à couler toute idée qu’on pourrait vivre dans un monde différend de la société marchande qui nous entoure... Le bouquin s’achève par une liste de points auquels se rattacher et défendre pour ne pas céder à l’ambiance "rien d’autre que la société libérale est possible". Certains points me conviennent, comme honorer les résidents sans-papier.. D’autres me semble impossible comme ne plus lire la presse tenu par le grand patronat... ne plus lire Libé, c’est pas dans mon menu. A ce propos, Edwy Plenel lance un journal en ligne indépendant: Mediapart soutenu par Patrick Rotman, Gérard Noiriel entre autres.
Bref Badiou : un bon petit livre à dévorer dans le métro.
PS du lendemain, j’ai quasiment achevé ce petit bouquin et je trouve qu’il remplit parfaitement son objectif, nourrir une morale pour les temps qui courrent:
Après tout, ce que nous cherchons c’est une morale, une morale provisoire pour n’être ni déprimé ni rats par gros temps sarkozyen.
Par ailleurs un chapitre très intéressant ( au regard de la récente condamnation d’un militant anarchiste pour avoir comparer la politique anti-immigrés de Sarko à Vichy) replace l’arrivée de Sarko au pouvoir dans l’histoire de France, la compare à la Restauration et à Vichy. Les trois ont en commun de prôner une rupture et une restauration de la morale fondée sur le travail (des pauvres) et la famille, d’en appeler constamment à une comparaison avec l’étranger qui, lui, aurait réussit son redressement. En 1940, il fallait prendre exemple sur l’Allemagne nazie, l’Italie de Mussolini et l’Espagne de Franco, en 2007 ce sont les recettes qui marchent des anglais qui sont à l’honneur. Et enfin, dernier point commun: l’abjection à rejetter et dont le redressement moral doit nous laver, en 1815, on avait quand même la tête de Louis XVI sur les bras, en 1940 le Front Populaire puait gravement et en 2007, on doit se laver de mai 68.