jeudi 29 novembre 2007
Nostalgérie, les fils, les pères et les crimes
Par raphaele, jeudi 29 novembre 2007 à 12:41 :: Nostalgérie
Je suis allée voir L’enemi intime de Rotman, c’est bien. Ce film et les déclarations de quelques ministres algériens sur le lobby juifs et Sarkozy, déclarations pas trop inspirées, me refont penser aux lettres de Nicolas Sarkozy pendant la campagne electorale:
Paris, le 16 avril 2007.
Ici pour les lettres en entier.
la France est une Nation qui revendique son identité, qui assure son histoire. On ne construit rien en demandant aux enfants d’expier les fautes de leurs pères, des fautes qu’ils n’ont pas commises. Au peuple de l’ancien empire français, nous devons offrir non l’expiation mais la fraternité.
Cette déclaration est entouré d’un ensemble de promesses concrètes envers les rapatriés ... mais on ne peut accabler Sarkozy sur ce point sans rappeler que Mitterand avait acheté les voix des anciens d’Algérie en 81 et payé son achat comptant: l’Assemblée Nationale lavait tous les crimes commis en Algérie au nom du pardon nécessaire...au grand desespoir de Pierre Joxe - qui ne supportait pas qu’on lave les crimes de l’OAS. Il faut lire le récit sur ce sujet dans Histoire secrète de la Ve République publié à la Découverte.
Ce matin, un ministre algérien remet de l’huile sur le feu en déclarant "Je considère à titre personnel que tant que la France ne reconnaîtra pas le crime commis en Algérie, nous ne pouvons pas envisager de réconciliation ni de normalisation totale avec elle". Je comprends ce ministre. Je ne comprends pas cette histoire de fils qui ne peuvent pas expier les fautes de leur pères. Il ne s’agit pas de fils et de père mais d’un pays, de nous. Peut-être aussi l’Algérie pourrait-elle regretter les méthodes terroristes que ses combattants ont utilisées pour faire pression sur les français d’Algérie et sur les leurs... mais ça c’est leur bordel - et puis la balance entre les crimes du FLN et ceux de l’armée française pèse lourdement de notre côté.
J’ai été élevée en Algérie. De 1975 à 1982, ma mère était coopérante à Annaba (je mangeais pleins de nèfles dans le jardin d’Artatuphle).
Je me suis toujours sentie mal de fautes que je n’avais pas commises - même si ça se voit pas sur cette photo prise à M’chounèche, une oasis dans les Aurès. Pas de la torture, pas du napalm, pas des massacres de civils algériens, tout ça je n’étais pas au courant. Juste d’avoir cherché à rester dans un pays qui voulait sa liberté. Mais depuis que je sais pour le napalm, la torture, les massacres de civils... j’ai de bonnes raisons de me sentir mal et je me sentirais mieux si j’avais un président qui ai l’envie et le courage de demander pardon. Expier ou même seulement reconnaître ses torts n’est pas le fort de cette droite inspirée par la droite chrétienne américaine. C’est quand même bizarre d’avoir perverti le christianisme jusqu’à cette religion de soi-même, où on rejette les crimes sur ses pères et on se félicite des ponts qu’on a construit en Afrique.
un récit militaire d’une opération au napalm sur les combattants algériens
l’article d’un historien qui rapelle l’usage du napalm en Indochine et en Algérie.
Un article qui retrace les crimes de l’armée française - auprès desquels les exactions du FLN seraient une goutte d’eau :
Le 1er novembre 1954, le FLN déclenche la lutte armée. Au lieu de négocier, les gouvernements socialistes qui se sont succédé ont alors choisi d’opter pour une guerre totale. La répression fut terrible : 8 000 villages détruits au napalm, 5 millions d’Algériens déplacés, un million en camps de regroupements, plus de 200 000 détenus... Au total, plus d’un million d’Algériens morts durant une guerre qui a duré près de huit ans et qui a laissé de profondes séquelles dans la mémoire collective. Faut-il citer, à titre d’exemple, les 25 000 jeunes Algériens tombés dans la seule ville d’Alger entre 1955 et 1957, durant ce que les historiens ont appelé " la bataille d’Alger " ? Un bilan cruel, douloureux, à côté duquel les exactions du FLN - il y en eut - ne représentent qu’une goutte d’eau dans l’océan
Je sais pas vous, mais moi j’ai l’impression qu’il y a de quoi demander pardon, non ?


Un documentaire à voir, ça recadre si besoin est, les idées sur les méthodes américaines: la fin justifie les moyens : embaucher puis protéger Klaus Barbie pour combattre le communisme, introduire la barbarie nazie en Amérique du Sud - et du coup la déclaration d'amour pour l'Amérique de Nicolas Sarkozy passe pour un discours d'adolescent inculte...ou d'énorme salaud sans foi ni loi, au choix.